Elfydil est en lice pour le Prix des Auteurs Inconnus, dans la catégorie « littérature de l’imaginaire ». Elle nous raconte :

Quand j’ai vu que mon roman avait été retenu, j’ai été un peu surprise et je n’en revenais pas trop car c’est mon tout premier roman et même mon tout premier vrai récit si on exclut les nouvelles et autres petits projets que j’ai pu faire avant.

C’est parti pour une interview avec cette jeune autrice autour de son parcours, de son œuvre, et de La malédiction du wendigo, premier tome de Le clan du corbeau blanc, son livre en lice.

Le clan du corbeau blanc est votre premier roman. Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

En fait, c’est ce livre qui m’a fait commencer l’écriture ! Ou du moins cet univers, qui de base ne devait pas être un roman, mais un projet étudiant de jeu vidéo. Pour ce projet, j’ai été amenée à développer un concept de jeu « basique » ; mais aimant bien trop les jeux à scénario, je me suis un peu laissée emporter. J’ai créé un univers avec des mécaniques de jeu un peu trop complexes pour qu’il soit retenu par la suite, mais ce n’est pas à ce moment encore que j’ai été happée par l’écriture. Il a fallu encore trois ans, que je retravaille plusieurs fois sur cet univers, passant d’un second concept de jeu vidéo puis à un court métrage !

Il y a donc une continuité entre ces formes d’art : la littérature n’apparaît pas étrangère aux jeux vidéos, mais plutôt comme un des débouchés possibles.

Oui ! Lors de la conception d’un jeu, on peut se retrouver à étoffer un scénario très très rapidement pour créer, par exemple, une quête. Ce n’est pas tout à fait la même façon de faire que pour la littérature, mais au final il y a pas mal de base commune, car sans un univers ou une histoire claire avec des règles de fonctionnement claires, le joueur peut facilement être perdu. De fil en aiguille, je me suis retrouvée à apprécier l’écriture de cette histoire et ensuite à vouloir la partager.

Vous êtes illustratrice, et vous avez d’ailleurs illustré vous-même votre roman. Ces planches ont-elles précédé l’écriture du roman, ou sont-elles venues l’illustrer après-coup ? Quelle est la place de l’illustration dans votre processus créatif d’écrivain ?

Pour moi, la lecture, l’écriture et le dessin sont assez indissociables. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir envie de dessiner des passages de mes romans, mais aussi de mes lectures : quand un livre me plaît, j’ai envie d’en dessiner les scènes, de voir les personnages. D’ailleurs, je suis aussi illustratrice pro pour d’autres auteurs, ou tout simplement, il m’arrive de retenir des passages de mes lectures pour ensuite les illustrer.

Pour La malédiction du wendigo, toutes les illustrations ont été faites en parallèle de l’écriture du roman ou une fois le roman fini (pour les plus détaillées). L’illustration m’a obligée à être précise pour définir le visuel de mes personnages, voir s’ils fonctionnent ou non, si leur physique correspond à leur caractère et inversement. A vrai dire, j’ai pensé le clan du corbeau blanc comme une BD et j’ai même hésité de me lancer dans ce format…

Et puis la dernière chose, c’est qu’illustrer ses romans est aussi un bon moyen de faire découvrir l’ambiance d’un récit sur les réseaux, sans trop en dévoiler sur l’histoire. D’une manière générale, j’ai remarqué que les illustrations plaisent beaucoup aux lecteurs, ce qui me donne toujours plus envie de leur en présenter.

Vous appartenez à Skriptö, un collectif qui veut promouvoir la Fantasy et même, faire qu’elle « soit davantage reconnue comme un genre littéraire noble ». Comment œuvrez-vous ensemble pour atteindre ce but ?

Pour le moment, c’est assez compliqué, car nous avons tous très peu de temps, mais quand nous nous y attelons nous faisons des articles présentant nos univers respectifs. Pour ma part, je parle de la dark fantasy, mais également de mes inspirations amérindiennes, j’espère aussi pouvoir continuer sur la culture viking qui sera mise en avant dans mes prochains récits.

D’autres parlent des créatures peuplant leur monde imaginaire, ou du fonctionnement de leur peuple fictif. Nous avons tous un univers qui nous est propre et qui permet ainsi de présenter les différents aspects de la fantasy.

Revenons à votre livre, Le clan du corbeau blanc, sélectionné pour le Prix des Auteurs Inconnus. Concrètement, comment passe-t-on d’un projet de jeu vidéo à un roman de 700 pages ?

En 2014, étudiante en jeu vidéo, je devais proposer une idée de jeu pour mon projet de fin d’année, c’est là qu’est née la base de l’univers de la Terre des Anciens, lieu où se déroule l’histoire du clan du corbeau blanc. Au sein de mon groupe, c’est un autre projet qui a été retenu, le mien étant apparu trop complexe pour être réalisé dans le temps limité qui nous était imparti, six mois ; j’ai alors modifié le récit et le gameplay pour proposer une nouvelle version, encore une fois refusée, pour les mêmes raisons.

En 2016, j’ai de nouveau proposé cet univers pour un projet de court-métrage en animation 3D cette fois, toujours pour mes études. Encore une fois, il n’a pas été sélectionné : il était trop foisonnant pour un court-métrage. À la fin de mon cursus, j’ai donc décidé de faire moi-même ce film avec des amies, mais faute de temps, le projet n’est resté qu’au stade du storyboard (même si je compte tenter un jour de le faire en court métrage 2D !). Ce projet était « Akwäta : la légende du corbeau blanc » que j’ai entre-temps transformé en nouvelle. C’est bien cette nouvelle qui est la base du roman, car au cours de sa réécriture, j’ai décidé d’écrire sa suite, de faire vivre et étoffer encore plus l’univers ! C’est comme ça qu’en 2017, sont nées dans un premier temps l’intrigue du tome 1 du corbeau blanc, puis Nokomis, descendante directe de Wakanda, la protagoniste d’Akwäta.

Finalement, tous ces refus m’ont aidée, car j’ai pu aller bien plus loin dans la construction et l’exploration de mon univers que si je m’en étais arrêtée à un projet scolaire.

Le clan du corbeau blanc est un livre de dark fantasy, et pourtant il n’exclut pas une romance, ce qui surprend certains lecteurs. Pourquoi ce choix ?

Simplement parce que, pour moi, la dark fantasy n’est pas juste un univers sombre, malsain ou tout ce qui va avec. Je trouve que c’est le genre idéal pour développer les relations et les émotions humaines les plus fortes et l’amour en fait partie ! Avec un genre comme la dark fantasy, on peut plus facilement passer d’un extrême à l’autre d’un claquement de doigts et c’est ça que je trouve intéressant. Il faut des variations, des extrêmes, un peu comme en musique : si tout reste toujours dans les mêmes tons, on s’ennuie.

Après j’avoue aussi beaucoup aimer jouer avec les mélanges de genre, et déstabiliser les lecteurs. Puis un peu de douceur de temps en temps ça ne fait pas de mal ! Ça me permet aussi de montrer que tout n’est pas blanc ou noir.

Comment êtes-vous venue à l’auto-édition ? Quels sont les avantages de l’auto-édition par rapport à l’édition traditionnelle, quels sont ses inconvénients ?

J’y suis venue par choix. Plus précisément grâce à un super auteur qui s’appelle Christopher Evrard. Nous nous sommes rencontrés sur le réseau social discord pile au moment où je commençais à écrire mon roman, lui se lançait tout juste dans l’auto-édition. Après des recherches sur ce milieu, pas mal de discussions avec lui et des comparaisons avec l’édition traditionnelle, j’ai trouvé que l’auto-édition me convenait mieux, simplement car j’aime faire les choses moi-même et je n’aime pas dépendre des décisions de personnes tierces (sauf si le travail est de base décidé comme étant un partenariat !).

Deuxième point, je n’aime pas le fonctionnement actuel de l’édition, les auteurs y sont trop souvent trop mal traités, et rémunérés, par certaines maisons d’édition et se font bien trop souvent traiter comme des « gamins créatifs faciles à entuber ». Heureusement, il y a des exceptions et ces maisons d’édition qui respectent leurs auteurs ont toute mon estime, il en faudrait bien plus comme elles ! Je trouve aussi que la majorité des maisons tournent trop autour des mêmes constructions, comme si elles pensaient que les lecteurs cherchaient toujours la même chose. C’est aussi pour ça que je lis de moins en moins de livres édités : trop souvent, je m’ennuie et je retrouve des stéréotypes qui ont tendance à m’énerver ! J’aime sortir des limites et m’en poser très peu, et je sais très bien que ma façon de faire ne plaira pas à certains éditeurs.

Après je ne dis pas que je ne tenterai jamais d’envoyer un manuscrit à une maison d’édition, mais dans ce cas, ce ne sera pas une histoire qui me tient à cœur autant que la saga du corbeau blanc, et ce sera un texte plus consensuel.
En tout cas, pour moi, le principal point « négatif » à l’auto-édition est la visibilité, et encore : en travaillant sur le sujet, je suis certaine qu’il y a beaucoup de moyens pour pallier ce problème.

A quelles idées pensez-vous ?

Je partage des extraits et surtout beaucoup d’illustrations de mon univers sur les réseaux sociaux ! Les illustrations marchent plutôt bien et intéressent un public assez large, mais j’avoue que je réfléchis de plus en plus à faire appel à quelqu’un pour m’aider dans ma communication. En effet, si on relâche un tout petit peu sa présence sur les réseaux, c’est très difficile de continuer de se faire remarquer, surtout en absence de salons littéraires et de conventions non exclusivement littéraires telles que les Geek Faëries, Art to Play, le Cernunnos Pagan Fest…

Votre livre est disponible sur la librairie des jeunes pousses. Pensez-vous qu’il soit important de participer à un maximum de projets mettant en lumière les auto-édités ?

Oui ! Surtout que Lou fait un super travail avec cette librairie qui franchement mériterait de connaître un bon succès. C’est grâce à ce genre de projet que l’auto-édition arrivera peu à peu à se faire accepter par les lecteurs et surtout par le monde littéraire, car elle est toujours trop dénigrée, alors qu’elle est très inventive : je ne vous cache pas que mes meilleures lectures depuis longtemps sont exclusivement autoéditées. C’est là que j’ai découvert des histoires et des personnages plus audacieux (comme dans les livres de Khalysta Farall, par exemple), des auteurs qui essaient davantage de bouger les genres (comme Maëlle Desart, avec Duel, même s’il n’est plus disponible), ou des auteurs qui intègrent (enfin !) de vrais protagonistes LGBT sans en faire des caricatures et sans n’écrire que des romances. Par exemple, La colère des Lionnes, de Leïla Hedyth, est un tout petit roman qui est un de mes derniers gros coups de cœur.

Avec des projets comme la librairie des jeunes pousses, qui sélectionne ses livres avec soin, on peut prouver qu’il y a aussi de la qualité dans ce milieu en plus de permettre à des auteurs de présenter leurs récits plus facilement aux lecteurs. Dans tous les cas, ça montre bien qu’il faut les mettre en avant et les proposer aux lecteurs, qui peut-être comme moi aimeraient avoir plus de diversité de lecture.

Vous annoncez que Le clan du corbeau blanc est le premier volume d’une saga. Pouvez-vous nous dire où en sont vos projets littéraires, la suite est-elle déjà en route ?

C’est ça, c’est le premier tome d’une double trilogie. A la fin de la première trilogie, l’arc de Nokomis sera terminé, et la deuxième trilogie suivra un autre personnage : elle aura donc un autre nom, tout en restant incluse dans la saga du corbeau blanc. Je sais que certains n’aiment pas les grosses sagas, donc le tome 1 peut se lire seul et la seconde trilogie pourra également se lire seule, même si le mieux sera de connaître la première.

En parallèle de ça, j’ai un one-shot prévu dans cet univers, mais qui sera plutôt un bonus. Je n’exclus pas qu’il y en ait d’autres : de base, ce one-shot devait être une nouvelle et ça a dérapé… cet univers m’inspire !

Sinon pour ce qui est de mon actualité, oui la suite est en route et le tome 2 devrait être terminé fin 2020, il ne manquera plus qu’à faire les corrections et les illustrations car cette fois, je n’ai pas eu besoin de les faire en parallèle puisque la plupart de mes personnages étaient déjà posés. Quant aux nouveaux personnages, tout simplement, ils pourront changer d’aspect si je les dessine différemment de la première description que j’en ai faite : comme je l’ai dit, je reste dans un processus créatif avec de constants va-et-vient entre le texte et l’image. En parallèle, je travaille sur le one-shot, qui est complètement en lien avec le tome 2 du clan du corbeau blanc tout en étant une histoire qui se suffit à elle-même.

Et sinon je continue toujours de réfléchir sur le tome 3 ainsi que la seconde trilogie, en fait les idées arrivent un peu dans le désordre, ce qui me permet de faire un lien entre tous les récits.

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