Interview : Angèle Ferrala
Pour introduire l’interview, pouvez-vous dire deux mots sur la manière dont vous avez connu le prix, décidé de candidater, et réagi lorsque vous avez su que vous étiez sélectionnée ?
J’ai découvert le prix par le biais des pages instagram d’auteurs auto-édités qui ont été sélectionnés les années précédentes. Cherchant à faire vivre Sur le fil de nos vies au-delà de mon écriture, j’ai souhaité déposer une candidature pour que ce roman puisse vivre sa vie et rencontrer de nouveaux lecteurs. Je ne m’attendais pas à être retenue et ai considéré que c’était une belle victoire en soi. J’ai été ravie de ce nouveau pas, comme de chaque étape franchie depuis que j’écris.
Sur le fil de nos vies n’est pas votre premier roman. Comment s’est fait le chemin qui vous a amenée à écrire pour être lue ?
Comment tout a commencé ? Eh bien comme souvent dans la vie par le hasard d’une discussion, lors d’une séance de méditation, qui au lieu d’être collective, s’est révélée individuelle. Quelle a été la question que la professeure m’a posée ? Qu’as-tu envie de faire, là tout de suite, sachant que tu peux faire ce que tu veux ? La réponse a fusé sans passer par la case du mental : écrire.
Puis, comme toujours, un encouragement est venu m’aider à franchir le premier pas. Au cours d’une discussion sur la vie, c’est ma mère qui m’a révélé qu’elle aurait aimé écrire. Au fond de moi, une petite voix m’a dit très fort : vas-y toi, pour pouvoir dire un jour à ta propre fille que tu l’as fait. Alors ce rêve accompli est un peu celui de ma mère. Elle m’a guidée.
J’ai donc avancé pas à pas, sans savoir où l’écriture des chapitres de mon premier roman me mènerait. J’ai écrit, terminé cette histoire, je l’ai corrigée, améliorée, reprise. Je l’ai fait lire à mes proches, puis à d’autres. Ils ont aimé, ils m’ont dit de ne pas arrêter. Alors j’ai continué avec le dépôt sur le site de Nouvelles plumes sur lequel Quand nos présents s’emmêlent à reçu un accueil bien plus favorable que ce que je pouvais imaginer. J’ai poursuivi avec l’envoi à des éditeurs, les refus, les recherches et la rencontre de l’autoédition pour que ma première histoire devienne plus qu’un épais feuillet de pages imprimées en A4. Pour moi, être lue veut dire donner naissance à un roman pour ensuite l’aider à grandir et à vivre sa vie au-delà de moi et grâce aux lecteurs.
Quant à l’idée de ce roman, elle a germé lors d’un trajet entre la Méditerranée et la Savoie, alors que je rentrais d’un très agréable week-end entre amis. Seules les prémices de l’histoire sont apparues dans ma tête, avec quelques personnages et leurs intrigues… Le lendemain, mes doigts ont naturellement effleuré les touches du clavier pour inventer la vie des personnages de Sur le fil de nos vies.
Votre romance parle d’amour, mais aussi d’amitié. Est-ce que ces deux pôles de la vie se mettent mutuellement en danger, ou est-ce qu’ils se complètent ? En quoi est-ce un ressort littéraire intéressant ?
J’aime qu’un lecteur découvre un aspect auquel je n’avais pas pensé en écrivant mes romans. Alors non, je ne pense pas qu’il y ait danger, mais plutôt tant de similitudes que l’amour n’est qu’amitié ou que l’amitié n’est qu’amour. Pourtant, il y a aussi une vraie différence qui rend l’amour souvent bien plus complexe que l’amitié : l’exclusivité et l’attente d’attention de la part de l’autre. En amitié, on peut être moins exigeant puisque notre ami n’est pas notre seul ami ! L’ami a le droit d’avoir une vie en dehors de la nôtre et peut faire ce qu’il souhaite, sans jugement. L’amour est beaucoup plus intransigeant. Je pense cependant qu’on aime ses amis, les vrais, d’un amour sincère et qu’on doit aimer son partenaire de vie comme un ami, sans être trop exigeant, en le respectant, en l’aidant de notre mieux, en le laissant être ce qu’il choisit d’être sans chercher à le changer. Finalement, l’amour réprouve ce que l’amitié autorise.
Cette complémentarité, qui va de pair avec une dualité comme dans tout ce qui existe dans la nature, est à l’image de la vie, un doux mélange, parfois amer, qui nous rend heureux.
Vos personnages traversent des épreuves douloureuses, qu’on ne s’attend pas forcément à voir traitées dans une romance. Pensez-vous que la littérature peut aider des lecteurs qui traversent des épreuves semblables ?
La réponse est évidemment oui, mais elle est bien trop simple ! Un lecteur peut s’identifier, mais il le fait avec son histoire, ses peurs et les blocages qui lui sont propres. Bien que les thèmes abordés puissent résonner en lui, il doit être prêt à laisser pousser les graines qu’un roman sème sur ses jours et ses nuits. Une histoire ne vient jamais à nous par hasard, alors ouvrons-nous à ce que les histoires nous racontent sur nous-même. Sur le fil de nos vies invite le lecteur à réfléchir, à analyser l’histoire mais aussi ses propres réactions face aux choix des personnages.
En vous lisant, on se demande forcément comment on réagirait s’il nous arrivait la même chose qu’à vos personnages. Vous êtes-vous inspirée d’histoires vraies ?
Toutes les péripéties des personnages sont nées de mon imagination. Ce sont mes peurs profondes qui ont alimenté ce roman, tout comme le premier. Un bêta-lecteur m’a confié, après la lecture du manuscrit, qu’il avait vécu ce qui arrive à Eva. Il a ajouté d’une voix plus faible qu’il s’était reconnu à travers toutes les émotions décrites, puis d’une voix enjouée que cette histoire était authentique. J’ai souvent pensé à ses paroles pour me donner du courage dans les instants de doute.
Vous êtes passée par l’auto-édition chez Librinova et l’édition traditionnelle chez Kiwi Romans. Comment cela s’est-il fait ?
Mon premier roman Quand nos présents s’emmêlent a été auto-édité chez Librinova en mai 2021. Lors de la finalisation du manuscrit de Sur le fil de nos vies, je l’ai envoyé à un grand nombre d’éditeurs jusqu’à ce que la maison d’édition Kiwi me confie avoir été séduite par mon texte. Embarquée immédiatement dans le quotidien des trois héroïnes, entre découverte de soi, découverte amoureuse et découverte de leur entourage, l’éditrice m’a proposé un contrat d’édition.
Joie ultime ! Réalisation ! Reconnaissance ! Bonheur ! Pour mon deuxième manuscrit !
La parution est intervenue neuf mois plus tard en mai 2023. Deux mois seulement après la mise en rayons dans de nombreuses grandes enseignes, Kiwi se retrouve en redressement judiciaire. Deux mois supplémentaires seront nécessaires pour que la liquidation soit prononcée et que je récupère mes droits d’auteurs. Ma liberté.
La publication en autoédition était une évidence, j’avais des commandes à honorer pour Noël et ne pouvais pas faire attendre plus longtemps les lecteurs qui avaient aimé Quand nos présents s’emmêlent. La parution en autoédition a été concrétisée en novembre 2023, il y a un an.
Quels sont les avantages de l’autoédition par rapport à l’édition traditionnelle, quels sont ses inconvénients ?
Comme toute chose, tout n’est pas parfait en maison d’édition. Je n’ai pas pu faire des modifications sur la couverture. Je les ai alors réalisées sur celui auto-édité chez Librinova. Avec Kiwi, la diffusion était vraiment large et la commercialisation intéressante, beaucoup mieux que dans de petites maisons. Avec l’autoédition, l’auteur doit sans cesse mettre en place des actions pour assurer sa visibilité. J’ai eu la chance d’être éditée en maison et cela m’a donné la force de continuer en autoédition.
Quelle serait votre plus belle récompense d’autrice ?
Avec la parution en maison d’édition, j’ai connu la joie de rentrer dans une librairie de mon lieu de vacances et de voir mes romans en rayons. Ce moment restera gravé dans ma mémoire.
Alors à ce jour, l’édition dans une grande maison, est-elle toujours un rêve ? Oui, évidemment mais je temporise ce rêve pour vivre l’écriture comme la vie, un pas, un chemin, une réflexion sur soi, des rencontres et des échanges, des peines et des joies. Ce que je retiens de ce parcours, c’est d’une part, d’avoir osé écrire, et d’autre part, la persévérance que cela a exigé. Deux qualités que je tente de cultiver au quotidien.
Avez-vous un autre livre en tête, un autre projet d’écriture ?
Le troisième manuscrit me donne du fil à retordre. Inspiré d’une histoire vraie, je souhaite que ce nouveau roman révèle toute la force des femmes face à leur vie quotidienne. Le premier jet est en cours d’amélioration. Pour l’instant tout est secret, l’héroïne danse encore devant moi pour me raconter son histoire… Elle s’appelle Rachelle et vous emmènera dans ses vies.

