Interview : Alex Sol
Pour introduire l’interview, pouvez-vous dire deux mots sur la manière dont vous avez connu le prix, décidé de candidater, et réagi lorsque vous avez su que vous étiez sélectionnée ?
Cela remonte à quelques années maintenant, mais il me semble que je l’avais vu passer sur Facebook. J’avais trouvé le concept très intéressant. L’année d’après, j’ai soumis un autre de mes romans Mirial pour la catégorie Imaginaire.
À la vue de tous est loin d’être votre premier roman, et c’est le deuxième sélectionné pour le PAI, que vous avez remporté en 2023 dans la catégorie Imaginaire pour Mirial. Vous nous avez raconté vos débuts très précoces dans l’écriture, qui vous ont menée à être maintenant écrivaine à plein temps. Qu’est-ce qui a changé depuis l’obtention du Prix ?
À la vue de tous, c’est le roman qui m’a permis de plonger dans le polar avec ses règles et ses contraintes. J’ai renoué avec des recherches poussées, j’ai notamment échangé avec une commissaire afin d’en apprendre plus sur les relations entre membres d’un commissariat, et j’ai passé de longues heures à arpenter internet à la recherche de l’information qu’il me faut. Avant lui, j’avais beaucoup travaillé sur des romans dans les genres imaginaires et j’avais envie de me confronter aux limites de la réalité. D’ailleurs, au tout début, l’intrigue d’une disparition dans le métro en pleine journée m’était venue pour un roman d’épouvante et pas pour un roman policier.
Comment avez-vous eu l’idée d’écrire sur les violences faites aux femmes : avez-vous été en contact avec des Associations ?
C’est un thème qui me tient à cœur, ayant moi-même connu de près les violences domestiques. J’ai écrit un précédent roman sur ce thème Jamais d’eux sans toi, qui plonge le lecteur dans le quotidien d’une famille, et un grand nombre de lecteurs m’ont écrit pour me partager leur ressentis et notamment le fait que ce roman les avait fait changer d’avis, car ils pensaient que les femmes qui restaient étaient forcément d’accord avec ce qu’il se passait. En lisant ces retours, j’ai eu le sentiment d’avoir bien fait mon travail, mais surtout, j’ai réalisé que le chemin était encore très long ! C’est pour cela que j’ai voulu parler à nouveau des violences conjugales, mais d’une autre manière.
Vous êtes très précise sur les luttes de pouvoir qui se trament au sein des commissariats. Avez-vous effectué des recherches sur ce monde particulier ?
J’ai répondu à cette question sans le vouloir plus tôt, ha ha. Oui, j’ai fait des recherches, notamment, en posant des questions à des personnes ayant travaillé dans un commissariat. Bien sûr, afin d’apporter plus de tensions dramatiques, je me suis permis de prendre certaines libertés.
Il y a tellement de retournements de situations dans le roman qu’on a envie que vous leviez un coin du voile sur vos procédés d’écriture… aviez-vous le plan de route dès le départ avec toutes les pistes que l’enquête allait explorer, ou vous êtes-vous laissée porter par vos personnages pour écrire au fur et à mesure ?
Lorsque je travaille un nouveau roman, encore plus un polar ou un thriller psychologique, je connais la fin, voire un ou deux rebondissements. A partir de là, je tisse la toile du roman en partant de la fin pour retourner au début. C’est un travail qui prend plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Le but étant de laisser des indices plus ou moins gros en fonction des rebondissements. Donner l’opportunité au lecteur de découvrir par lui-même certains éléments, mais pas tous.
Comment êtes-vous venue à l’auto-édition ? Comment en êtes-vous venue à créer votre structure propre, après un passage chez Librinova ?
J’ai fait un BTS édition et des études de graphisme avant de travailler pendant un peu plus de 10 ans dans la vente comme responsable de magasin. Ces expériences m’ont permis d’acquérir des connaissances extrêmement utiles pour mon activité aujourd’hui. Le choix de l’auto-édition a donc été évident pour moi. J’avais les connaissances, le temps, alors je me suis lancée. J’ai commencé par Librinova en raison d’un gros manque de confiance. La plateforme m’a permis de prendre du recul et de réaliser que j’en étais capable. Après quelques mois, j’ai donc décidé de continuer seule.
Quels sont les avantages de l’auto-édition par rapport à l’édition traditionnelle, quels sont ses inconvénients ?
Dans les avantages, il y a évidemment la rémunération qui est plus importante, puisque moins d’intermédiaires ; la liberté de choisir ses prestataires ; de contrôler chaque aspect de la création du livre et de ne pas se voir imposer les décisions d’autres personnes ; le choix de ne pas travailler que des sujets ou des genres à la mode… Je peux aussi passer d’une tâche à une autre, je ne m’ennuie jamais. Je vends mes romans en direct à mes lecteurs, j’ai la possibilité d’échanger avec eux, de prendre le temps. C’est précieux.
Dans les inconvénients, on retrouve la charge de travail très importante. Pendant un an, j’ai travaillé plus de 60 heures par semaine. Il y a aussi un gros travail à faire sur la prise de recul. Par exemple : les couvertures de roman. Parfois, quand on a écrit le livre, la vision qu’on a de la couverture n’est pas celle qui attirera le plus les lecteurs et on peut être très borné (en tout cas, moi je peux l’être ^^). C’est pour cela que plusieurs de mes romans ont eu plusieurs couvertures depuis leurs premières publications. A force de travailler seul, on peut avoir une vision fermée.
Quelle serait votre plus belle récompense d’autrice ?
Qu’un ou plusieurs lecteurs se mettent à écrire des fanfictions sur l’univers de mes romans. J’ai commencé à vraiment écrire grâce à la fanfiction justement, lorsque j’étais adolescente. Je serais donc plus que touchée d’inspirer d’autres personnes à écrire J.
D’après Babelio, en 2024, vous avez déjà publié cinq livres après À la vue de tous. Pouvez-vous nous en parler brièvement, ainsi que de vos projets ?
À la vue de tous est ma seule sortie de 2023, cette année-là, j’ai pris le temps de travailler plusieurs projets qui sont tous arrivés en 2024, avec notamment deux romans dans l’univers d’À la vue de tous : une enquête d’Elise Duromain, À bout de souffle, et une enquête de Lucas Lievens, À l’abri des regards. J’ai adoré continuer de travailler ces personnages et j’ai hâte de pouvoir reprendre une nouvelle enquête avec eux.
J’ai aussi sorti le tome 2 de Vous êtes cordialement invités, le deuxième tome de ma trilogie d’épouvante, un autre roman d’épouvante Bienvenue chez vous ainsi qu’un tome bonus pour ma duologie d’urban fantasy Exorcismes et Sortilèges. Mes lecteurs me demandaient une histoire sur un des personnages secondaires, je me suis pliée à leurs exigences avec plaisir.

