Interview : Maxime Mirabel

Interview : Maxime Mirabel

Pour introduire l’interview, pouvez-vous dire deux mots sur la manière dont vous avez connu le prix, décidé de candidater, et réagi lorsque vous avez su que vous étiez sélectionnée ?

Le Prix des auteurs inconnus était une grande découverte pour moi : c’est mon éditrice, Chloé Garcia, qui a proposé mon roman. Lorsqu’elle m’a informé que Pluton serait proposé pour concourir dans la catégorie « Imaginaire », j’ai été très heureux… et plus encore quand ce texte s’est retrouvé parmi les finalistes !

Pluton est votre premier roman. Comment s’est fait le chemin qui vous a amené à écrire pour être lu ?

 

De l’écriture à la publication, Pluton a suivi un chemin étonnamment fluide. J’écris sérieusement des textes depuis 2010, avec l’envie de les soumettre à des éditeurs par simple envie et plaisir d’écrire. Parmi mes manuscrits, c’est Pluton qui a pris corps le plus facilement. L’histoire m’a sans doute habité depuis un moment. L’idée maîtresse qui se cache derrière est simple parce qu’on peut se la poser dès l’enfance : qu’arriverait-il si l’on parvenait à rejoindre le bord de l’univers ? Cette question n’a pas vraiment de sens pour les astrophysiciens, mais une plongée dans les confins de l’espace a de quoi stimuler l’imagination… Ainsi le texte s’est-il par la suite focalisé sur la frange de notre système solaire, une distance moins ambitieuse mais déjà lointaine. Puis le tout s’est greffé à une histoire de condamnation et d’amour… une descente aux Enfers en somme, façon Orphée et Eurydice ! L’inspiration thématique vient essentiellement de la science-fiction (SF) et des mythes antiques. S’agissant de l’écriture, j’ai toujours eu un faible pour les nouvelles à chute de Fredric Brown. Pluton est en ce sens une sorte d’hommage.

Pour l’instant, l’homme n’est pas allé plus loin que la lune… mais il aime imaginer qu’il ira plus loin. Avez-vous fait des recherches sur les voyages dans l’espace ?

C’est seulement après le premier jet d’écriture que les recherches sur l’espace m’ont accaparé. Mon esprit baigne depuis l’adolescence dans des œuvres de SF/space opera, notamment cinématographiques (Alien, Star Wars, Stargate, etc.), aussi était-il facile de traiter les aspects fictionnels du voyage spatial… Mais quand il s’agit d’être dans l’exactitude et la crédibilité, il faut se retrousser les manches : ainsi ai-je fait beaucoup de recherches sur Pluton elle-même, cet astre étrange qui a gagné, puis perdu, puis gagné son statut de planète (naine aux dernières nouvelles), fait des calculs pour mesure le temps de trajet pour la rejoindre, écouté le « son » traduit depuis son champ magnétique… Tout cela a permis de donner davantage de corps au texte, même s’il penche évidemment en grande partie du côté de la fiction. J’ai réalisé par le retour de lecteurs et lectrices que certain·es y accordent une grande importance, et sont très exigeant·es sur la question ! ^^

Un de vos personnages principaux est une intelligence artificielle. En 2024, est-ce encore de la fiction, ou déjà de la réalité ?

 

L’émergence de l’IA est passionnante car elle est vraisemblablement en train de naître sous nos yeux alors qu’elle n’était précisément qu’un sujet de fiction il y a quelques années encore, y compris durant l’écriture de Pluton, quand ChatGPT par exemple n’existait pas encore… Je pense néanmoins que notre engouement actuel ne doit précisément pas nous faire oublier ce que la littérature a tenté d’anticiper : la question n’est pas tant de savoir si l’IA telle que nous la fantasmons va advenir – sans doute quelque chose d’approchant finira-t-il par se produire – mais de savoir si c’est bien ce que nous voulons ? Je crois que nous sommes encore très loin de l’IA telle que décrite dans Pluton et bien d’autres œuvre de fiction, mais que nous nous engouffrons dans le biais contre lequel ces œuvres nous mettent précisément en garde : faut-il créer l’IA ? Faudrait-il le faire juste parce que nous le pourrions ? Cette question du sens est à ce jour secondaire dans notre réalité, ce qui est assez vertigineux alors qu’il suffit d’aller du côté d’Asimov ou de La seconde renaissance des Wachowski pour comprendre qu’elle devrait présider à toutes nos aspirations technologiques. Je garderai ainsi toujours à l’esprit B166ER, ce robot domestique anthropomorphe imaginé par les créatrices de Matrix dans un court métrage, qui finit par assassiner sa propriétaire quand celle-ci souhaite le jeter au rebut : il avait tout simplement peur de mourir.

Pour quelle raison avez-vous choisi la forme du huis-clos ?

Le huis-clos a ceci de génial qu’il pose une contrainte qui oblige l’écriture : dans mes textes, j’ai en général du mal à développer un univers, à créer une myriade de personnages, des arcs narratifs divers… L’espace restreint du huis-clos nous force par défaut à aller à l’essentiel mais aussi paradoxalement à creuser plus en profondeur un aspect, sans s’éparpiller : aussi est-il sans doute plus facile de traiter une histoire d’emprisonnement de cette manière.

Comment avez-vous rencontré votre éditeur ?

 

La rencontre avec Cordes de Lune (une maison au nom prophétique pour un livre intitulé Pluton !) a eu lieu par le biais d’un appel à textes de l’éditeur sur son site internet. Le thème était « Perdus dans l’espace » et indiquait entre autres : « Des messages forts, de la réflexion, du huis clos… […] Des années de solitude à essayer de rentrer chez soi… À travers vos textes, plongez-nous dans la froideur du vide de l’espace ! ». Mon manuscrit déjà écrit depuis quelques années semblait correspondre aux attentes, et cela a fonctionné pour mon plus grand bonheur.

Qu’apportent un éditeur et une maison d’édition par rapport à l’auto-édition ?

Une maison d’édition à compte d’éditeur offre sans doute une plus grande quiétude d’esprit à son auteur : j’ai pour ma part la chance d’être soutenu par une équipe qui a non seulement apporté un grand soin éditorial à mon texte mais aussi fait son maximum pour le promouvoir et le diffuser. Ces aspects, chronophages, demandent en sus un vrai savoir-faire et du réseau, deux éléments qui peuvent faire défaut lorsque l’on cherche à s’auto-éditer.

Quelle serait votre plus belle récompense d’auteur ?

Que l’on me réclame un Pluton 2 ? 😊 Blague à part, la plus belle récompense à mon sens est que mon livre soit lu par le plus grand nombre et que l’histoire soit appréciée. Je suis en ce sens très heureux que le PAI ait redonné un grand coup de projecteur à ce texte, qui a emporté certains lecteurs et lectrices : rien de plus satisfaisant que d’avoir pu transmettre à d’autres des choses que nous chérissons intimement !

Après Pluton, vous avez déjà publié un deuxième roman, Creepypasta: Backrooms. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Quels sont vos projets ?

Creepypasta, le nom de la série, fait référence aux légendes et histoires effrayantes qui se racontent et se transmettent sur internet. Les « Backrooms » sont un de ces récits phares, issu d’une photographie inquiétante montrant des enfilades de bureaux vides, et reposant sur le mécanisme horrifique des espaces liminaux, ces endroits déserts et oppressants dans lesquels on navigue seul en espérant ne pas faire de mauvaises rencontres… Mon deuxième roman plonge ainsi quatre adolescents dans ce labyrinthe effrayant, dont ils ne ressortiront pas indemnes. Il porte enfin la mention « #1 », la maison d’édition ayant comme projet de sortir chaque année une de ces légendes urbaines… Rendez-vous donc l’année prochaine pour un « Creepypasta #2 », dont le sujet est encore top-secret !

 

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