Interview : Elisa Alberte
Pour introduire l’interview, pouvez-vous dire deux mots sur la manière dont vous avez connu le prix, décidé de candidater, et réagi lorsque vous avez su que vous étiez sélectionnée ?
J’ai connu le prix grâce aux partages sur Instagram. J’ai décidé de déposer ma candidature vraiment pour voir. C’est très rare que j’aie assez confiance en mes histoires pour tenter ce genre de concours, mais je me suis fait violence. Quand j’ai reçu l’email m’informant que Tu n’étais pas prévu avait été retenu, j’étais tellement heureuse ! Je ne m’y attendais pas, j’ai encore du mal à réaliser qu’il est en lice face à seulement quatre autres romances. C’est déjà une victoire à mes yeux.
Tu n’étais pas prévu n’est pas votre premier roman. Comment s’est fait le chemin qui vous a amenée à écrire pour être lue ?
Comme je le dis souvent, j’ai aimé écrire bien avant d’aimer lire. J’ai inventé des histoires dès que j’ai su écrire. J’ai d’ailleurs retrouvé mon tout premier livre il n’y pas si longtemps : l’histoire (illustrée !) d’un chat qui cherchait des amis, que j’ai dû faire quand j’avais 6-7 ans. Puis j’ai commencé à écrire à l’ordinateur quand mon père en a acheté un (les vieux Machintosh !) Et je n’ai plus arrêté.
Malgré tout, il a fallu que j’attende 2020 pour me lancer dans la publication d’un roman. Jusqu’à ce que j’en termine le premier jet, je ne pensais pas être capable de mener à bien un projet comme celui-ci du début jusqu’à la fin. Mais depuis que je me suis lancée avec la saga Quand je respire, je n’ai plus arrêté.
Ecrire fait totalement partie de moi. J’ai toujours une histoire en tête et je ne m’imagine pas arrêter un jour, que je publie ou non, d’ailleurs. J’ai besoin de faire sortir ces histoires de ma tête, de faire vivre des personnages « pour de vrai ».
Je trouve mes inspirations vraiment partout : dans une phrase d’une chanson, un paysage, quelque chose que j’entends ou je vois autour de moi. C’est un peu « bateau » mais c’est vraiment ça. Par exemple, j’ai imaginé la plupart des scènes de Quand je respire en écoutant des chansons.
J’ai imaginé la base de l’histoire de Petite à partir d’un tout petit bout de la bande dessinée Thorgal (qui n’a rien à voir d’ailleurs…)
Bref, un rien m’inspire.
Pour Tu n’étais pas prévu, tout est parti de ma lecture d’une romance que j’ai adorée : le tome 1 des Campus drivers de C.S. Quill. Bien évidemment, l’histoire n’a rien à voir et je n’ai absolument pas la prétention de me comparer à elle. Mais j’ai tellement ri pendant ma lecture que j’ai eu envie d’écrire une romance légère, où je pourrais utiliser aussi mon humour un peu pourri. Ensuite, j’ai brodé autour. Ce roman est finalement très bien tombé, car j’ai vécu une période très difficile alors que j’ai commencé à l’écrire. Après une pause, j’ai pu m’y remettre, et il m’a fait beaucoup de bien.
Enfin, je m’inspire beaucoup de mon vécu, de près ou de loin : la mixité de ma famille, la diversité de mon entourage, les valeurs qui me sont chères, les causes qui me tiennent à cœur. Il y aura toujours un peu de moi et de tout ça dans mes romans.
Vous êtes avocate : est-ce que l’expérience d’Izïa est inspirée de votre propre expérience ?
J’ai passablement puisé dans mon expérience personnelle pour écrire l’histoire d’Izïa, effectivement. Bien qu’il ne me soit pas arrivé tout ce qui lui arrive, certaines choses se sont réellement passées lors de mon stage, et même après dans mon emploi actuel. J’avais envie aussi de retranscrire le moment un peu fou que représente cette étape du brevet d’avocat.
Je pense aussi qu’Izïa est le personnage qui me ressemble le plus : son humour, sa tendance à donner des surnoms à tout le monde et son côté control freak sont totalement inspirés de moi.
Les lectrices s’identifient aux personnages et se posent des questions sur leurs habitudes de vie. Par exemple, le roman parle beaucoup de l’importance du sport pour se sentir bien dans sa tête, et on se demande si c’est aussi quelque chose d’important pour vous – autrement dit, si vous êtes plutôt comme Maelo ou comme Izïa ? Comment avez-vous procédé pour que les lecteurs s’identifient à vos personnages ?
Le sport fait également partie de ma vie, même si c’est dans une bien moindre mesure depuis quelques années, faute de temps. J’ai longtemps joué au foot dans une équipe, puis j’ai fait du sport de façon régulière pendant plusieurs années. Pour moi, c’est vraiment une façon de se vider l’esprit de façon positive, et j’avais envie de le mettre en lumière. J’avais également envie de souligner le besoin d’avoir une vie aussi équilibrée que possible, de voir le positif dans la vie, et d’être bienveillant. Ce sont des valeurs très importantes pour moi, et il me tenait à cœur de les mettre en avant.
Enfin, je souhaitais vraiment rendre hommage à l’amitié dans ce roman, qui lui fait une part belle avec le groupe d’Izïa, Maelo et leurs amis. Le soutien des proches est indispensable dans les moments difficiles, et j’avais envie de le mettre en lumière.
Je ne saurais pas expliquer comment j’ai procédé pour permettre aux lecteurs de s’identifier aux personnages. De façon générale quand j’écris, j’essaye de les rendre le plus réalistes possibles. J’aime qu’ils aient des qualités, mais aussi des défauts, qu’ils ne soient pas infaillibles et que l’on puisse à la fois être d’accord avec eux, mais également agacé, par moment. En somme, susciter des réactions et des émotions chez le lecteur. À mon sens, c’est cela, notamment, qui permet que l’on s’identifie à eux. Ils sont humains, comme les lecteurs.
Autant j’aime bien lire une romance avec plein de clichés de temps en temps, autant je suis incapable d’en écrire une comme ça, je crois. Je suis trop terre à terre, trop rationnelle. J’ai besoin que mes personnages puissent réellement exister, au point que je pourrais les croiser dans la rue près de chez moi (et souvent, j’aimerais bien !).
Le roman prend son temps, mais la fin arrive très rapidement. Pourquoi ce choix ?
J’aime les histoires qui prennent leur temps, cela fait aussi partie du réalisme, je pense. J’aime beaucoup explorer l’évolution des personnages, leur façon de se chercher, peut-être de se détester au début, puis le passage vers l’amitié aussi. Cependant, je suis obligée d’admettre ici que je n’avais pas du tout prévu d’écrire un slow burn. Ce sont les retours des chroniqueurs qui m’ont fait comprendre qu’il s’agissait avec Tu n’étais pas prévu de ce type de romance ! Il faut dire que pour ma saga Quand je respire, la romance prend… plusieurs tomes ! Tu n’étais pas prévu était donc une romance plutôt rapide pour moi ! Pour la fin qui arrive rapidement, je pense que c’est dû au fait que je ne suis pas une adepte des longs épilogues. J’ai du mal à voir de l’intérêt une fois que la romance est arrivée au but. Un peu comme dans les films romantiques de Hollywood, où la caméra s’éloigne du couple qui s’embrasse enfin sous la pluie. J’ai compris que les lecteurices aimaient bien les épilogues, alors j’ai appris à en faire, mais j’ai toujours peur qu’ils se lassent (comme c’est mon cas dans certaines de mes lectures à la fin).
Comment êtes-vous venue à l’auto-édition ?
Tout naturellement, quand j’ai terminé d’écrire le premier jet de ma saga Quand je respire (en fait, les trois premiers tomes, mais je ne savais pas à ce moment que j’allais diviser mon manuscrit), il était déjà évident que j’allais me diriger vers l’auto-édition.
Je n’ai même pas envisagé d’envoyer mon manuscrit à des maisons d’édition, pour des raisons qui ne sont pas forcément toutes très valables quand j’y repense, mais que je ne regrette en aucun cas.
J’imagine que c’est parce que vous trouvez plus d’avantages à l’auto-édition qu’à l’édition traditionnelle !
L’avantage, à mes yeux, est de pouvoir garder le contrôle de tout le processus et choisir ses prestataires. Pour une control freak comme moi, c’est la solution idéale ! Ce mode d’édition m’a aussi permis d’acquérir plein de compétences, comme la mise en page et le dessin digital, pour lequel je me forme encore pour pouvoir faire mes propres couvertures. Et comme je le dis souvent, tant que je prends du plaisir et j’apprends quelque chose, c’est pour moi le plus important.
Il faut souligner aussi que l’auto-édition n’est pas forcément très coûteuse, même s’il faut investir un minimum pour pouvoir proposer un résultat aussi professionnel que possible. En ce qui me concerne, étant donné que je fais tout moi-même, cela ne me coûte pas grand-chose.
Enfin, un auteur auto-édité perçoit bien plus d’argent sur la vente de ses romans que les auteurs en maison d’édition.
Bien entendu, il y a aussi des désavantages. Le manque de visibilité est le premier qui me vient à l’esprit. Sans la promotion que peut, éventuellement, faire une maison d’édition, difficile de se faire une petite place. L’absence de présence en librairie, ou alors à des coûts exorbitants, est aussi un point négatif, car tout écrivain rêve de voir son roman en tête de gondole à la Fnac, à Cultura ou encore chez Payot.
L’auto-édition a encore mauvaise presse aussi, même si elle commence à se faire une place grâce à la professionnalisation grandissante des auteurs.
Et finalement, bien que je l’aie aussi mentionné dans les avantages, l’auto-édition peut être coûteuse si l’on doit faire appel à des prestataires pour tous les aspects du processus.
Quelle serait votre plus belle récompense d’autrice ?
Difficile à dire pour moi, qui suis déjà très satisfaite d’avoir simplement réalisé mon rêve de publier un roman. Mais si je devais rêver en grand, je dirais que l’une de mes histoires soit adaptée en série ou en film ! Je suis d’ailleurs totalement disponible pour participer au choix des acteurs ah ah !
D’après Babelio, en 2024, après Tu n’étais pas prévu, vous avez publié deux tomes de la série Quand je respire. Pouvez-vous nous en parler brièvement, ainsi que de vos projets ?
Après avoir sorti Tu n’étais pas prévu, j’ai effectivement réédité ma saga Quand je respire, préalablement sortie en 2020, qui est aujourd’hui complète avec ses quatre tomes. On y suit l’histoire de Luna, new yorkaise affirmée, qui voit sa vie bouleversée quand elle doit quitter sa ville pour aller vivre dans la ferme de ses grands-parents maternels dans l’Iowa. Elle va y retrouver son ami d’enfance, Benjamin, loin d’être heureux de ce retour. Il s’agit d’une romance slow slow (très slow !) burn, ennemis à amis, puis amants.
J’ai également sorti Petite en avril 2021, une histoire d’amour d’enfance et de seconde chance, qui se déroule entre Genève et l’Espagne, en passant par la France. Une histoire qui commence doucement, puis continue avec pas mal d’action !
Finalement, je suis actuellement en train d’écrire un nouveau roman, et je publie régulièrement un vlog sur le processus d’écriture de cette histoire. Il s’agira toujours d’une romance, plus sombre que celles que j’ai écrites jusqu’à présent, qui abordera des thèmes un peu difficiles. Je n’en dis pas plus !

