Interview : Errol Sabatini

Errol Sabatini concourt avec « Des petits biscuits pour la timidité » dans la catégorie Premier Roman

• Pour avoir lu votre livre, j’imagine qu’une intrigue telle que la vôtre se mûrit. Comment vous est venue l’idée d’une histoire aussi touchante ?

Mûrir, c’est le mot… Ce livre est resté plusieurs années au fond d’un tiroir. Et puis un jour je me suis dit que c’était trop bête! Tous ceux qui le lisaient me poussaient à le publier… Je voyais qu’ils étaient sincères, ça m’a fait réfléchir ; c’est comme ça que Naëlle et Julien ont vu le jour. 

Quant à l’histoire, tout est parti d’une voyante que j’avais réellement rencontrée. Sans que je lui explique quoi que ce soit, elle s’est mise à me décrire le lieu dans lequel j’étais quelques heures avant. C’était la rivière du roman… Puis elle m’a expliqué ce que je pensais, et pourquoi! Elle lisait dans ma tête comme dans un livre. Assez troublant…

• On sent un réellement attachement à l’enfance en vous lisant. Comment arriver à concilier une histoire somme toute assez triste avec la joie de vivre d’un enfant ?

On dit que le premier livre est toujours un peu autobiographique. Je ne sais pas si c’est vrai, mais un gamin qui passe des heures dans la nature, ça me rappelle quelqu’un… Le fait que Julien raconte parfois sa vie avec ses mots d’enfant nous aide à nous mettre à sa place, je pense. Tous les gosses ont cette capacité à rester insouciants, tout en étant parfois plus lucides que les adultes. Même quand la vie est douloureuse.

• Quel a été votre fil directeur pour ne pas perdre la trame qui est bien un réel hymne à la vie… ?

Si vous saviez combien de fois je l’ai perdue, cette trame… Mais c’est ça qui est bien ! 

• Les personnages sont attachants et très vivants, même les pires ont de l’humanité en eux, Comment se sont-ils imposés à vous ? Certains sont-ils des références personnelles ? Des connaissances ?

Je n’aime pas les méchants trop méchants et les gentils trop gentils… En tout cas pas pour en faire des personnages de livre. Même un héros doit avoir des faiblesses, et essayer de les dépasser. Effectivement, on me dit souvent que les personnages sont attachants. C’est étrange, car finalement, je les décris assez peu. C’est peut-être pour ça. On peut les imaginer librement. Plusieurs personnages et anecdotes sont inspirés de la réalité. J’aime bien observer et utiliser des détails de ce qui m’entoure, en enjolivant un peu, bien sûr. 

• Avec votre twist final, vous donnez une explication assez fine tout en invitant le surnaturel, comment l’idée vous est venue ? N’y a -t-il pas une part autobiographique ?

Heureusement pour moi, ma vie est quand même plus simple, et la fin est peut-être la seule partie qui ne soit pas autobiographique! Par contre, je suis toujours étonné qu’on ne la voie pas arriver… Elle m’a semblé tellement logique que je ne pouvais pas en imaginer une autre!

• Pensez-vous qu’un bon auteur s’inspire nécessairement de son vécu ?

Oulah ! Je le fais, mais je ne suis pas sûr que ça fasse de moi un bon auteur… Les mauvais doivent en faire autant!

• Quels sont vos références en matière de littérature ?

C’est très éclectique. Stephen King parce qu’il peut faire cinquante pages sur un personnage et le faire disparaître en une ligne… Pagnol pour son langage inimitable. Les superbes carnets de Pascal Sevran. Patrick Poivre d’Arvor. Ou pour des auteurs plus récents, Musso, Jean Paul Didierlaurent…

• Pourquoi avoir choisi l’Auto-édition ?

Au départ, c’était surtout pour ne pas attendre la réponse des éditeurs! Mais je n’imaginais pas que ça demandait autant de boulot.

• Que représente pour vous le Prix des Auteurs Inconnus et pourquoi avoir eu envie de mettre vote livre en concurrence avec d’autres auteurs ?

Je trouve l’idée très bonne. C’est intéressant de voir d’autres premiers romans et de connaître l’avis des lecteurs. On n’est jamais vraiment objectif sur son travail.

• Actuellement êtes-vous en train d’écrire un nouveau livre ? Dites-nous en plus sur la suite que vous envisagez en tant qu’auteur ?

Oui, il y a un nouveau projet. Mais je ne me suis pas simplifié les choses, il y a plus de personnages… C’est encore un peu abstrait, ça se modifie souvent. En tout cas, je confierai le prochain livre à un éditeur, c’est sûr. L’autoédition est une belle expérience, qui m’a appris beaucoup. Notamment qu’écrire est la partie la plus simple. Tout ce qui se passe après est un vrai métier. Je suis content parce que je ne m’en suis pas trop mal sorti avec les petits biscuits, mais pour la suite, je procèderai différemment.

Interview : Carl Pineau

Carl Pineau concourt avec « L’Arménien » dans la catégorie Premier Roman

J’imagine qu’un livre tel que celui-ci est un livre que l’on mûri. Comment vous est venu l’idée ?

J’ai entamé la rédaction de l’Arménien en 2010, à l’université de Québec, dans la cadre d’une formation en  création littéraire. Nous devions produire deux mille mots par semaine. J’ai rédigé le premier jet de l’Arménien en trois mois comme si je le portais depuis toujours. Je suis parti du fait divers d’un meurtre sordide qui m’avait marqué. L’Arménien repose ensuite sur ma connaissance des Nuits Nantaises.

C’est le vent de liberté qui a soufflé dans les années 80s’ que je voulais faire revivre.

Après avoir imaginé les narrateurs, je les ai laissés évoluer presque en dehors de ma volonté, au point que la fin n’est pas celle que j’avais envisagée. Et je crois que c’est pour cette raison qu’elle surprend autant le lecteur. 

Ensuite, j’ai laissé reposer le roman plusieurs fois, m’y remettant par périodes de trois à quatre mois. C’est finalement plusieurs années de travail et de maturation pour aboutir à une version qui m’est apparue « livrable aux lecteurs.» 

Pour une personne qui a grandit dans les années 80, vous retranscrivez les différentes informations importantes. Cette nostalgie est très présente dans votre livre. Es-ce voulu ou cela est-il dû à votre intrigue et au choix de la période… ?

J’envisage la trilogie des Nuits Nantaises comme trois photos de notre société sur les décennies 80, 90 et 2000. C’est pourquoi il est important d’en dégager les faits marquants.

 Les années 80 représentent celles d’un souffle de liberté, pas de crise économique, pas de Sida… En 89, le mur de Berlin tombe et redéfinit le visage de l’Europe.

La délinquance est tenue par les Barons du banditisme, souvent d’anciens braqueurs de banques reconvertis au trafic de drogue. C’est aussi l’apparition des groupes venus de banlieues « ghettoïsées ». 

Le Sicilien se déroule en 1995.

La décennie 90 est marquée par la crise, l’arrivée des mafias de l’Est suite à l’ouverture des pays du Pacte de Varsovie. Dans une France où le Sida n’est plus une menace virtuelle…

Y-t-il une part de réalité ou la fiction a pris le pas sur votre Polar ?

L’univers des Nuits Nantaises des années 80s’, je l’ai suffisamment connu pour pouvoir le décrire sans difficulté. Le roman part d’un meurtre dont j’avais eu connaissance à l’époque. Ensuite, j’ai imaginé les ressorts d’une intrigue à rebondissements qui tienne le lecteur en haleine. Je voulais aussi que l’histoire soit crédible.

Pour autant, l’Arménien est une fiction, un récit inventé, issu de mon imagination.

L’Arménien est parsemé de références musicales. Avez-vous un rituel musical ou autre lorsque vous écriviez ?

Les années 80 sont marquées par l’apparition des radios libres qui ont propulsé des groupes au-devant de la scène. Il fallait donc que les connaisseurs s’y retrouvent et que les autres découvrent cet univers.

Le roman est jalonné de références à des groupes mythiques. J’ai beaucoup réécouté ces musiques pendant la période d’écriture. J’écris le plus souvent dans le silence, le matin, après une méditation d’une demi-heure.

C’est une façon d’écarter les pensées parasites, de pénétrer l’instant de l’écriture, de me reconnecter à mes personnages.

Je me suis toujours organisé un espace avec une vue dégagée, le fleuve Saint-Laurent au Québec, la ville de Bangkok en Thaïlande.

En général, je me fixe l’objectif de 2000 mots. C’est parfois facile, parfois une torture…

J’ai vraiment beaucoup aimé cette plongée dans les nuits nantaises, pour autant votre polar est développé d’une manière assez atypique, puisque les points de vues s’alternent. Pourquoi avoir fait le choix de cette alternance et comment l’idée a-elle germée ?

J’avais envie de décaler le point de vue du lecteur, de le sortir du « il omniscient » ou du « Je » de l’enquêteur qui raconte l’histoire. J’ai donc inventé deux narrateurs aussi dissemblables que possible. Chacun d’eux apporte un regard sur la vie de la victime, depuis son arrivée à Nantes à l’âge de sept ans après un drame en Arménie jusqu’à son intégration dans le « milieu nantais » et finalement la découverte de son cadavre.

À partir de ce choix littéraire, le travail constituait à éloigner les voix pour rendre le coiffeur plus voyou et la psy un peu plus analytique, tout en bâtissant une intrigue qui tienne le lecteur en haleine.

Lorsque vous avez commencé à écrire votre livre, l’idée de faire de Nantes un personnage à part entière s’est-elle imposée à vous ou cela s’est construit petit à petit ? On sent un réel attachement à cette ville ?

Nantes et Pornic sont mes deux villes de cœur. J’ai passé ma jeunesse à Nantes, j’aime sa richesse culturelle, son énergie créatrice et la façon dont elle a su évoluer. J’ai connu les Nuits Nantaises des années 80, c’est pourquoi j’ai choisi cette ambiance pour accrocher un thriller, ancré dans la vie nocturne de cette époque.

Alors oui, d’une certaine manière j’avais l’idée de partager mon amour de cette ville.

Mais l’Arménien n’est pas un roman régionaliste, il est plus sombre, plus dur, et même si l’histoire se situe à Nantes, elle aurait pu se dérouler dans une autre ville, dans les caves de Saint-Germain, à Bordeaux, à Marseille, Lille, Lyon ou ailleurs…

Comment se sont imposés vos personnages ? Certains sont-ils des références personnelles ? Des connaissances ?

Les personnages sont tous imaginés, mais aussi emblématiques de cette période.

Bertrand représente l’archétype du voyou déjanté dont la principale préoccupation est de séduire. Sa gouaille parfois vulgaire m’a demandé beaucoup de travail d’écriture et de réécriture. C’est le genre de personnage qu’on « adore détester ». En même temps, il possède des qualités, il est généreux et finalement moins aveugle qu’il n’y parait sur ses propres limites.

Françoise, la psychiatre bourgeoise humaniste, qui a connu 1968, symbolise aussi son époque, elle apporte un regard analytique qui contrebalance celui de Bertrand. Dans le travail d’écriture, c’était très intéressant de me mettre dans sa peau, de voir le monde par ses yeux.

L’Arménien est le personnage central, énigmatique, déraciné et marqué par le drame de son enfance. On le découvre peu à peu jusqu’aux circonstances terribles de sa mort.

J’ai travaillé le profil de tous les personnages secondaires avec le même souci de réalisme psychologique et de voix. Je voulais aussi des personnages avec des failles humaines, chacun ayant sa part d’ombre. Cette caractéristique accentue l’intérêt de l’intrigue, elle démontre aussi que chacun porte un assassin potentiel. La différence réside dans le passage à l’acte. Ce sont ses actions plus que ses paroles ou ses pensées qui déterminent un individu. Car si tous les personnages possédaient un mobile pour assassiner Luc, tout le monde ne l’a pas tué…

Quels sont vos références en matière de littérature ?

Je suis un lecteur avide et curieux. Je dévore une soixantaine de livres par an. Je les note dans des carnets pour m’en souvenir.

J’adore les polars, bien sûr, James Lee Burke, Henning Mankel, Trevanian… Et les auteurs américains des années 50, Dashiell Hammett, Raymond Chandler…

Mais j’ai lu et je continue à lire les romans classiques, André Gide, Hermann Hess, les écrivains du 19s.

Depuis la parution de l’Arménien, je lis aussi des auteurs auto-édités.

Pourquoi avoir choisi l’Auto-édition ?

Après les refus des versions précédentes, je ne me sentais plus l’envie ni le temps de repasser par l’étape d’envois de manuscrit papier et d’attente de plusieurs mois avant de recevoir de probables nouveaux refus standardisés.

Or j’avais besoin de me libérer de l’Arménien pour poursuivre mon travail sur d’autres romans. Je suis passé par Librinova qui propose un programme d’agent à partir de 1000 ventes.

L’autoédition me permet un contact direct avec les lecteurs, et c’est une chance pour moi qui vis loin. 

Que représente pour vous le Prix des Auteurs Inconnus et pourquoi avoir eu envie de mettre vote livre en concurrence avec d’autres auteurs ?

Lorsque l’Arménien a été sélectionné, j’étais heureux de cette surprise, heureux de pouvoir bénéficier des retours de blogueurs. J’ai passé plusieurs années à travailler ce roman, et je continue à écrire tous les jours.

C’est une vraie récompense de découvrir des chroniques comme celles de Kathy, Les Partages de la Bouquiniste, Aurélie, Des Livres et Moi, Euloge, Books Addict & Tv shows devourer et de Julie, Ju Lit Les Mots .

J’ai été touché. C’est le plus bel encouragement à poursuivre.

Je ne me suis jamais inscrit dans une démarche de concurrence. Et je crois que les autres auteurs éprouvent le même sentiment, nous souhaitons être lus, avoir des retours de lecteurs, de blogueurs pour nous améliorer et poursuivre notre passion.

Vous finalisez actuellement le second nuit Nantaise, quelques informations à nous donner pour nos lecteurs ?

Le Sicilien se déroule dans les Nuits Nantaises des années 90, c’est l’histoire du meurtre sanglant d’une jeune albanaise raconté cette fois à travers la voix du principal suspect. On y retrouvera l’inspecteur Brandt, il prendra de l’ampleur et se dévoilera, dans la perspective du Nuits Nantaises suivant…

J’achève aussi la reprise de Malecón, un thriller politico-financier situé entre Paris et Cuba, sur fond du scandale Panama Papers.

Un travail d’écriture différent au « il » omniscient. J’avais envie de m’essayer à un style plus neutre et distancié.

Le choix du narrateur omniscient me permet de rentrer dans la tête des personnages pour analyser leurs pensées.