Interview : Flore Avelin

Flore Avelin est l’auteur du roman Maryse, concourant dans la catégorie Réalisme.

  • Votre premier roman Maryse, a été sélectionné dans la catégorie Réalisme du prix, parlez-nous un peu de ce roman, dont le tome 2 est déjà sorti.

Maryse c’est l’histoire d’une rencontre, ou plus exactement de retrouvailles qui vont bouleverser deux existences. Un jour, Sioban, la narratrice, recroise totalement par hasard celle qui fut son enseignante dix ans plus tôt. Cette enseignante, Maryse Embla, était le genre de prof dont on se souvient, mais pour de mauvaises raisons. Elle était dépressive, alcoolique, n’avait aucune autorité et ça se voyait. Dans le milieu du collège où les adolescents ne font plus de cadeaux, on imagine aisément les chahuts qu’elle subissait. Quand elle recroise cette femme, (dix ans plus tard donc) Sioban devenue adulte se souvient parfaitement de tout cela. Elle remarque que l’existence de Maryse ne s’est pas améliorée et elle décide de faire alors ce qu’elle n’avait pas osé faire à 14 ans : essayer de comprendre et l’aider. De cette main enfin tendue naîtra alors un lien qu’aucune des deux n’aurait pu imaginer.

  • Vous avez d’autres écrits à votre actif, parlez-nous un peu de « J’avais pensé envoyer des fleurs » et Même les roses blanches ont des épines.

Ces deux ouvrages sont les deux premiers tomes d’une correspondance à sens unique qui durera des années. Il s’agit de textes « hybrides » entre le récit épistolaire et la nouvelle : chaque tome est en fait une très longue lettre écrite par Daphné et envoyée à Catherine. Des lettres que Daphné rédige pour se souvenir et ressentir encore le déluge de sentiments provoqué par le passage de Catherine dans sa vie. C’est le récit d’un amour avorté, passionné et obsessionnel. Au total, il y aura normalement 4 lettres. Les différents ouvrages seront ensuite regroupés en un seul volume sous le titre « Les libellules d’Ohrid ».

  • Vos textes ont tous une connotation florale, que ce soit le titre ou la couverture, votre nom de plume lui-même fait ressortir cet aspect de vos écrits, est-ce voulu ? Quelle est votre relation avec la flore ?

Cette question me fait sourire. Il faut savoir que Flore n’est pas un nom de plume, mais mon véritable prénom. Autrement dit, par conséquent, avant même d’écrire, cette histoire de faune et flore, j’avais eu l’occasion (bien malgré moi) d’en faire le tour ! ^^ Pour le reste, au début c’était un hasard. J’ai commencé par un recueil de poésies qui s’intitulait « Fleurs de Vie ». J’avais choisi ce titre sans même penser à mon prénom (je ne suis pas à ce point narcissique ^^), mais pour le symbole de la Fleur de Vie qui est universel. On le retrouve à travers toutes les époques, de nombreux pays, différentes religions. J’ai ensuite choisi de le lier à l’aspect floral qui se mariait bien à la poésie, ça devait s’arrêtait là. C’est seulement quand j’ai commencé à présenter l’ouvrage que j’ai réalisé. On m’a fait la remarque « oh, Fleur-Flore » un nombre incalculable de fois. Sur le moment, j’avoue que ça m’a agacée. Puis est arrivée l’écriture de « J’avais pensé envoyer des fleurs ». Le titre est venu naturellement, j’ai hésité à cause du rapprochement avec mon prénom. Finalement, j’ai choisi d’assumer et par la suite, pourquoi ne pas en jouer un peu ? D’ailleurs, mon prochain roman s’appelle « Quand fleuriront les coquelicots » ! Quant à ma relation à la flore, j’adore les fleurs et la nature au sens large. Les paysages et les plantes sont un de mes centres d’inspiration. Par contre, un aveu pour terminer, je n’ai absolument pas la main verte ! Je fais mourir les plantes que j’essaie d’avoir à une vitesse assez époustouflante !

  • « J’avais pensé envoyer des fleurs » est une nouvelle, je cite, saphique. Ce thème de l’homosexualité dans vos écrits vous tient-il à cœur ?

Oui, il me tient à cœur, et en même temps, il s’impose à moi. Les femmes m’inspirent énormément et du fait, je préfère en général écrire sur elles. Après, pour être exacte, c’est plutôt la bisexualité que j’aimerais développer dans mes récits. Notamment la bisexualité féminine que je trouve trop peu représentée. J’ai envie de participer à cette impulsion déjà en cours qui permet d’avoir enfin des personnages plus variés dans nos fictions. D’ailleurs, actuellement, si on regarde le parcours de mes héroïnes, elles ont toutes eu une ou plusieurs histoires avec un homme avant cette rencontre bouleversante. Pour la suite, dans le roman en cours dont je vous parlais précédemment, je compte me centrer totalement sur cette question à travers le personnage de Meig. Une jeune femme en couple et très amoureuse d’un homme, qui succombera aux charmes d’une femme et qui choisira de ne pas choisir !

  • À l’image d’Ensemble, c’est tout d’Anna Gavalda, Maryse semble être un hymne à la tolérance, au vivre ensemble, sont-ce là des éléments présents dans la plupart de vos écrits ? Avez-vous été inspiré par des choses que vous avez vues, ou des personnes que vous avez côtoyées ?

Ce thème de la tolérance est surtout présent dans Maryse, car la narratrice y est directement confrontée. Pour mes autres écrits, il n’est pas forcément abordé frontalement : les personnages vivent leur vie sans se remettre en question. Par contre si le lecteur est lui-même intolérant, je suis presque certaine que le courant ne passera avec aucun de mes textes. Pour ce qui est de l’inspiration, je dirai oui et non. Non, car il n’y a aucun détail ou aucune personne précise qui aurait été un déclic pour le personnage de Maryse. Et oui, car malgré tout, le rejet des personnes différentes est quelque chose que l’on retrouve malheureusement partout et tout le temps.

  • Vous avez bouleversé plus d’un lecteur avec cette histoire, qu’en pensez-vous ? Etait-ce votre but ?

Je ne sais pas si les lecteurs sont vraiment bouleversés, mais très honnêtement, si c’est le cas, j’en suis ravie. Parce que oui, c’était plus ou moins le but. Ou en tout cas, j’avais envie de faire réfléchir. Je crois que le personnage de Maryse a quelque chose d’universel. On connait tous quelqu’un qui est totalement à côté de sa vie. Et des enseignants comme elle, on en a, pour beaucoup, un en tête. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti de mes premiers échanges avec les lecteurs. Plusieurs m’ont dit des phrases du genre « ça m’a rappelé un/une prof que j’ai eu(e) durant ma scolarité ». C’est ce qui me révolte. Quand tout le monde sait qu’une personne va mal, mais qu’on passe à côté sans rien tenter. Je ne demande à personne de s’impliquer autant que Sioban, mais un sourire, un mot, parfois ça change beaucoup. Je pense sincèrement que c’est au contact de personnes avec une part d’obscurité qu’on trouve la plus belle lumière.

  • En tant que lectrice, lisez-vous des textes bouleversant vous aussi ? À l’image de Maryse ? Vous avez peut-être des titres à nous recommander ?

Je lis un peu de tous les genres, mais j’aime particulièrement les textes qui vous frappent au cœur, qui vous font pleurer, que ce soit de chagrin ou à cause de la beauté d’un sentiment. D’ailleurs, les deux sont souvent liés. Spontanément, il y a deux titres qui me viennent immédiatement. « Je vous écris comme je vous aime » d’Élisabeth Brami, dans le genre romance épistolaire lesbienne et « Oscar et la Dame Rose » d’Éric-Emmanuel Schmitt, que j’avais lu adolescente et qui m’a marqué à jamais. Mais il y en a tellement des histoires bouleversantes… « La Fille d’Éléazar », d’Elissa Rhaïs, « Bérénice » de Racine, si on veut un classique ou même, hors lecture, le téléfilm « J’ai peur d’oublier » avec Clémentine Célarié.

  • Vous avez commencé votre aventure littéraire en écrivant des poèmes, continuez-vous ? Que ressentez-vous en posant ces vers sur le papier ?

Je n’écris plus beaucoup de poésie en ce moment, c’est quelque chose que j’ai un peu perdu. Par manque de temps peut-être. Pour vous faire une confidence, si ce recueil n’est plus commercialisé aujourd’hui, c’est un peu aussi parce que je ne l’assumais pas pleinement. Je débutais et même s’il contient des textes que j’aime vraiment, je suis obligée de reconnaître que certains ne sont vraiment pas au niveau d’une publication. Il y a une certaine exaltation quand les vers s’enchainent, que les pieds sont justes. Mais quelques années plus tard, on n’a plus forcément la même vision.

  • Pour terminer, partageriez vous avec nous un de vos poèmes ?

J’ai beaucoup hésité, et finalement, j’en ai trouvé un qui pourrait faire écho à la relation Maryse-Sioban !

Au coucher de soleil,
Quand la lune affectionne
De m’ôter le sommeil
Et mes espoirs bâillonnent.

Protège-moi de tout.
Et de moi davantage,
Mes peurs et mes dégoûts,
Doutes qui me ravagent.

Des guerres intérieures,
Pour sortir triomphante,
Demande protecteur,
Guide, âme bienveillante.

Mes nuits sont sans étoiles,
Les astres écorchés,
Aux fenêtres des voiles;
Viens donc me rechercher,

Au fond de mes méandres,
Mes pluies de météores,
Mes fleurs devenues cendres,
Et si tu veux, encore…

Tu garderais mes rêves,
Chasserais mes démons,
Pour instaurer la trêve
Préservant ma raison.

Puisses-tu veiller sur moi
Jusqu’à ce que l’aurore
Chasse une ultime fois
La nuit qui me dévore.

Merci beaucoup pour ces questions qui sortaient incontestablement de l’ordinaire. Merci pour votre temps et celui des chroniqueuses qui découvriront tant d’univers. Merci pour Maryse !
Flore


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Page facebook : https://www.facebook.com/FloreAvelinEcrivain/

Retrouvez les chroniques sur ce roman ici.

A propos de l'auteur

Lectrice avide de découvertes, Amélia a à cœur d'aider les "petits" auteurs à se faire connaître, à travers son blog Culture Geek et Cie, mais aussi dorénavant à travers ce prix.

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