Interview : Jo Rouxinol

Jo Rouxinol est l’auteur du roman Le carnaval des illusions, concourant dans la catégorie Réalisme.

  • Vous avez déjà trois romans à votre actif, parlez-nous un peu de votre univers, vos inspirations.

Il y a un univers qui revient de manière récurrente, presque obsédante dans mes écrits, c’est le monde scolaire, celui des adolescents. Pourtant, jamais je ne me suis dit que j’allais écrire sur ce thème, mais d’une manière ou d’une autre, il s’impose. Ce n’est jamais le thème principal, ou du moins le thème unique. Mais il est là. J’enseigne dans un collège de la région parisienne depuis longtemps maintenant, et toutes ces vies en devenir qui deviennent mes préoccupations pendant une année scolaire au minimum ont laissé des traces, comme des empreintes dont je ne me défais pas autrement qu’en les collant dans un roman.

Les lieux aussi m’inspirent beaucoup, ceux qui ont une identité forte, auxquels on associe des odeurs, des couleurs, une ambiance et des sentiments précis. Pour moi cela a d’abord été le Brésil, pays que j’aime énormément. La ville de Rio de Janeiro est, d’une certaine manière, un personnage à part entière du Carnaval des illusions.

Dans Le rêve dévoré, c’est le Portugal qui est le refuge de Clarisse, adolescente rebelle.

  • Le carnaval des illusions est votre premier roman, que représente-t-il pour vous ?

J’ai beaucoup écrit, plus jeune. Puis, il y a eu une longue période où mon stylo est resté muet, ou presque. J’écrivais des textes courts, mais je n’avais plus cet élan qui pousse en avant et permet d’accoucher d’une histoire plus consistante. Quand j’ai commencé Le Carnaval des illusions, c’était comme une fièvre, les personnages surgissaient au bout de la plume, animés d’une vie propre, et je les accompagnais seulement car ils allaient plus vite que moi.

Le Carnaval des illusions, c’est le livre qui m’a rendue à l’écriture.

  • Pourquoi avoir proposé votre roman au prix des auteurs inconnus ? Vous attendiez-vous à être sélectionné ?

Comme tous les candidats, probablement, j’y ai vu l’opportunité de voir mon roman mis en avant et gagner des lecteurs. C’est une manière d’élargir son audience, assez réduite quand on est auto-édité.

  • Le carnaval des illusions paraît dur, mettant le lecteur face à des violences, des faits difficiles à imaginer, vouliez-vous choquer ? Faire réagir ? Ou simplement confronter des vies confortables à d’autres, plus difficiles ?

Je sais qu’il a des aspects durs. Mais pour moi, ce n’est que le reflet de la vie. Je n’ai jamais voulu choquer, juste raconter. La vie des personnages n’est pas particulièrement difficile, mais bouleversée, parfois, par des épreuves ou des moments plus compliqués. Parce que c’est ça, la réalité.

Il y a une réalité qui existe dans les collèges de banlieue parisienne. J’essaie de montrer une partie de cette réalité, et c’est loin d’être la plus dure. Selon moi, l’établissement où se déroule une partie du récit se situe dans une espèce de moyenne, où il existe des problèmes mais où tout n’est pas noir non plus.

De la même manière, vivre à Rio, a fortiori dans une favela, implique une certaine réalité. Je n’ai pas voulu montrer à tout pris que c’était dur. J’ai voulu raconter la manière dont ça se passe, comme les gens subissent la pauvreté, la criminalité, et en même temps cela ne les empêche pas de s’accommoder de ces paramètres qui sont les leurs et d’être gais, pleins de joie de vivre, et lumineux comme l’est leur ville pourtant gangrenée par la violence.

  • Le temps des étoiles, votre deuxième roman, traite d’une thématique difficile : l’Occupation allemande. Comment avez-vous abordé le sujet ? Est-ce un thème qui vous passionne ? Aimez-vous l’Histoire ?

Je suis professeur d’histoire. Il y a forcément des évidences qui en découlent. Bien sûr, j’aime l’histoire, j’aime l’enseigner, transmettre des connaissances mais surtout, je veux susciter une réflexion. Parce que rien n’est plus vain que l’apprentissage d’une chronologie si on ne donne pas de sens aux événements que l’on mémorise.

L’étude de la Seconde Guerre mondiale m’a souvent donné du fil à retordre, car les questions que posent les adolescents déstabilisent parfois, et les réponses qu’on leur apporte –ou qu’on ne leur apporte pas- donnent une responsabilité énorme. Ecrire Le temps des étoiles, c’était à la fois essayer de favoriser cette réflexion d’une manière différente de ce que je peux faire dans une salle de classe, et intéresser le même public auquel je suis confrontée au quotidien, mais par le biais de la fiction, et même de la science-fiction, puisqu’il est question de voyage dans le temps. Un défi, que je me suis amusée à relever tout au long du processus d’écriture.

  • Le rêve dévoré est un roman touchant qui a fait pleurer plus d’un lecteur, était-ce là votre but ? Pourquoi le choix d’une adolescente ?

Non. Je n’ai jamais l’intention de faire pleurer. Je me l’interdis même, car j’estime qu’il n’y a rien de plus glissant que cela.

Je ne veux pas expliquer au lecteur combien telle ou telle situation est triste. Je lui fais confiance pour faire sa propre analyse et son interprétation des choses. Je veux juste lui raconter. Je veux lui faire ressentir. Mais on ne sait jamais si l’on a réussi avant que les lecteurs viennent le confirmer, et aussi parce que chaque personne a sa sensibilité propre et qu’il n’existe pas de recette universelle pour toucher tout le monde de la même manière ou avec la même intensité.

Mais pour le moment, à quelques exceptions près, les lecteurs qui ont fait un retour ont réussi à voir et à sentir à travers Clarisse, le temps d’un roman.

  • Après ces trois romans, pensez-vous à d’autres histoires ? Êtes-vous déjà en train d’en rédiger une nouvelle ? Quels sont vos futurs projets ?

Oui, je pense à une histoire, qui ne me lâche pas depuis un moment, mais qui n’est pas encore prête à sortir. Sa gestation n’est pas terminée. J’écrirai peut-être autre chose en attendant, je pense à un nouveau roman jeunesse notamment, parce que mes plus jeunes lecteurs et leurs parents me le réclament souvent et qu’écrire pour les adolescents me plaît beaucoup. J’ai mille choses à leur dire.


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Compte twitter : https://twitter.com/jo_rouxinol

A propos de l'auteur

Lectrice avide de découvertes, Amélia a à cœur d'aider les "petits" auteurs à se faire connaître, à travers son blog Culture Geek et Cie, mais aussi dorénavant à travers ce prix.

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