Interview : Ghislaine Bizot

Ghislaine Bizot est l’auteur du roman Mal dans la peau, concourant dans la catégorie Réalisme.

  • Vous participez au prix des auteurs inconnus dans la catégorie Réalisme avec votre roman Mal dans la peau, pouvez-vous nous en parler ? Est-ce un témoignage ?

Mal dans la peau n’est absolument pas un témoignage, c’est un roman. Les héroïnes Carole et Marie sont des personnages de fiction.

  • Pourquoi ce choix du roman épistolaire ? Comment avez-vous réussi à gérer cet échange de lettres ?

Ce choix à une époque où il s’échange de moins en moins de courriers peut effectivement sembler étrange. Ce roman est un roman psychologique. Je souhaitais que le doute s’installe peu à peu entre les deux amies, que Marie ne comprenne pas immédiatement la détresse de Carole. A travers le courrier on dit ce que l’on veut. Le correspondant n’est pas là pour lire les expressions du visage qui accompagnent l’écriture d’une lettre. Vous pouvez écrire en pleurant « il fait beau, la vie est merveilleuse », votre correspondant ne saura pas que vous pleuriez en écrivant cette lettre. Il pensera que vous étiez heureuse. C’est cette distanciation qui me semblait intéressante dans le roman épistolaire. Quand on lit une lettre, on la lit au premier degré, on croit ce qu’on lit, alors qu’elle peut être un tissu de mensonges ou de dissimulations.

Le lecteur du roman, par contre, devait comprendre que Carole dissimule, qu’elle enjolive la situation. J’ai donc ajouté des parties en italique après les lettres, elles transcrivent la pensée et les émotions de Carole. Elles donnent son véritable ressenti. Le lecteur comprend plus vite que Marie que les choses ne sont pas aussi idylliques qu’on pourrait le croire.

  • Votre ouvrage traite d’un thème fort : la violence conjugale. Ce thème vous tient-il à cœur ?

Le fait qu’une femme puisse accepter la violence d’un homme qu’elle aime m’a toujours interpellée. C’est quelque chose qui est difficile à comprendre. On dit toutes un jour : « Si ça m’arrivait je le quitterai ». Pourtant lorsqu’on lit les témoignages des victimes, on comprend très vite que les choses ne sont pas aussi simples que ça. Ce balancement entre l’amour et la violence a toujours été une énigme pour moi.

Lorsque j’étais enfant, je devais avoir 6 ans, je vivais dans un immeuble où l’on entendait ce qui se passait dans les appartements voisins. En-dessous de notre appartement, une femme était battue très régulièrement. Mon père allait frapper à la porte du couple pour essayer de calmer l’homme. Parfois cela s’arrêtait, parfois cela continuait au point qu’une fois ou l’autre la police a été appelée. Lorsqu’on croisait la femme dans notre cité, au lendemain de ces disputes, elle disait à maman : « Vous direz à votre mari de ne pas se mêler de nos affaires, tout va bien » et le pire c’est qu’elle avait l’air sincère. Cette expérience a marqué mon enfance même si je n’étais pas directement impliquée dans cette histoire. La vie de cette femme, son regard, son attitude me posaient question et j’ai toujours essayé de comprendre ces femmes. Je me suis énormément documentée. J’ai toujours souhaité écrire sur ce sujet en espérant, secrètement, que mon roman pourrait servir de déclencheur à une prise de conscience d’une victime ou de témoins de victimes.

Après la sortie de mon roman, j’ai reçu plusieurs témoignages en ce sens.

  • La couverture est sombre, dérangeante, est-ce l’ambiance générale de votre ouvrage ? Est-ce donc voulu ?

Une couverture de livre n’est pas anodine. La couverture est le premier contact du lecteur avec le roman. Elle a été élaborée en relation avec mon éditrice. Nous avons choisi ensemble l’ambiance, la couleur, le mannequin, les accessoires. Il est normal qu’elle soit dérangeante parce que la situation de Carole, mon héroïne, est dérangeante. Son amie, Marie, est bousculée par ce qu’elle croit comprendre, elle est déstabilisée, ne sachant si elle doit ou non intervenir. Oui l’histoire est dérangeante à l’image de la couverture mais elle n’est pas sombre, elle est au contraire porteuse d’espoir.

  • Vous êtes auteur d’autres textes, pouvez-vous nous en parler ?

J’écris pour les adultes, pour les ados et pour les enfants.

Pour les adultes j’ai écrit un deuxième roman : Dix ! qui raconte l’histoire d’une petite fille dont le père a disparu volontairement lorsqu’elle n’avait pas encore 9 ans.  On découvre dans ce roman l’impact que peut avoir un tel traumatismesur une vie d’adulte. C’est également un roman psychologique.

Pour les ados j’écris du théâtre de prévention c’est-à-dire des pièces qui mettent en scène les dangers de la société(dangers d’internet, jeu du foulard, harcèlement scolaire…) et permettent à chacun de réfléchir sur ses pratiques et sur des solutions aux problèmes.J’ai écrit 6 pièces de prévention, j’ai également écrit un roman pour ados qui parle des rencontres sur internet, de la confiance accordée trop facilement.

Pour les enfants j’écris des histoires qui portent des valeurs.

Le point commun entre toutes ces écritures est l’observation des failles de l’être humain et la recherche des chemins pour en guérir.

  • Avez-vous d’autres projets en cours ?

En mai 2018 mon troisième roman Couleurs d’enfance sortira aux Editions Calepin (même éditeur que Mal dans la peau).
J’ai également deux projets d’albums pour enfants qui sont à la recherche d’éditeurs.

  • Un dernier mot aux lecteurs pour leur donner envie de découvrir Mal dans la peau ?

A travers la lecture des échanges épistolaires entre Marie et Carole ou Carole et ses parents, vous allez entrer dans son intimité. La lecture d’une lettre vous donnera envie de connaître la réponse et donc de lire la suivante. Les pages défileront ainsi jusqu’à la scène finale. Vous aurez l’impression d’être vous- même destinataire de ces lettres.
Bonne lecture !


Retrouvez Ghislaine Bizot sur :

Compte facebook : https://www.facebook.com/ghislaine.bizot

Site : https://www.ghislainebizot.com/

 Retrouvez les chroniques sur Mal dans la peau par ici.

A propos de l'auteur

Lectrice avide de découvertes, Amélia a à cœur d'aider les "petits" auteurs à se faire connaître, à travers son blog Les histoires d'Amélia Culture Geek, mais aussi dorénavant à travers ce prix.

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